Histoire d’huile

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Il était une fois... l’huile de baobab (suite)

L’approvisionnement en graines de baobab, c’est en soit toute une histoire, que l’on a déjà racontée.
Mais une fois qu’elles sont réceptionnées à l’huilerie, rien n’est encore gagné. Il y a de nouveaux défis à relever. Et ils sont de taille.
Voici un petit aperçu de la vie de l’huilerie et du quotidien de Sidya, Papa Samba, Tidiane et Abdoulaye, qui approvisionnent en graines, extraient l’huile, la conditionnent et évacuent les sous-produits.

Attention, risque de submersion...

Faisons un peu de calcul.
Pour produire 100 litres d’huile, il faut plus de 1400 kg de graines...
Sachant qu’un fruit, de 200g en moyenne, contient 30g de pulpe et 90 g de graines, il faut donc 15.000 fruits, ou la production de 100 arbres environ.
Pour atteindre un objectif de 1000 litres par an, il faut stocker près de 600 sacs de 25 kg, et pratiquement autant de tourteau. Avec un volume de 50 litres par sac, cela fait environ 60 m3 à stocker... soit au total une surface au sol 30m² !
Sans compter qu’il faut de la place pour les autres huiles aussi.
Produire de l’huile de baobab, c’est donc aussi une question de logistique. Si l’on n’y prend garde, on risque d’être rapidement submergé...

Les tourteaux ne cessent de s’accumuler. Qu’en faire !? Ils ne sont pas appétents, disaient les éleveurs, et personne n’en voulait, même si on cassait les prix. On les mettait à composter, mais encore faut-il aussi écouler ces quantités de compost : Sokone n’est pas une grande zone de maraîchage, même si c’est une activité qui commence à se développer dans la vallée de Diaglé. Heureusement, un ami paysan et fidèle partenaire, Eri Ly, qui faisait de l’embouche bovine, a bien voulu tester l’intégration du tourteau dans l’aliment qu’il prépare lui-même pour ses animaux : après quelques tâtonnements pour trouver le bon mélange et un peu de temps pour qu’ils s’y accoutument, les animaux y ont pris goût ! Pari gagné pour Eri : ce tourteau, qui contient plus de 25% de protéines, qui est aussi riche en phosphore et en potassium que l’arachide et la surpasse largement en magnésium,... enrichit son aliment et n’est vraiment pas cher du tout.

D’où en est-on aujourd’hui ? Eh bien, la rumeur aidant, on n’arrive plus à satisfaire la demande !!!!!

Attention, danger

Dans la salle de production, des trous dans les murs. On dirait des impacts de balles, comme j’en ai vu à Bissau en 2001 alors cette belle ville venait d’être ravagée par des années de guerre civile.
Personne ne s’est battu ici, ils ont été provoqués par les vis qui maintiennent en place la culasse de la chambre de compression lorsque, cédant sous la pression, elles ont cassé et se sont trouvées violemment projetées ! Mieux vaut, alors, ne pas se trouver en face. C’est d’ailleurs strictement interdit et le responsable de la production est très vigilant sur ce point.

Les graines ne sont pas très résistantes, mais quand même, pour obtenir 7% de taux d’extraction il faut monter en pression : et à 40 bars, ça ne plaisante pas...Si on n’est pas attentif, si on n’a pas l’oreille pour détecter les changements de régime du moteur, et si alors on n’est pas réactif, on risque de se retrouver dans cette situation.

Aujourd’hui, la chambre de compression a été renforcée et cela n’arrive plus, mais par quelles frayeurs est-on passé ! Ce n’est pas pour autant qu’on peut faire n’importe quoi : la vis d’accouplement, celle qui rend la vis de pousse solidaire de l’arbre moteur, fonctionne comme un mécanisme de débrayage automatique : si par mégarde la pression devient trop grande, elle casse et le moteur tourne en roue libre, la presse se trouvant ainsi protégée de toute détérioration irréversible. Tout ce qu’on risque alors c’est un arrêt de la production le temps de la remplacer. C’est un moindre mal !

Finalement...

La beauté tranquille de l’huile de baobab est ainsi le fruit d’une multitude de défis qui sont bien à la hauteur de cet arbre monumental. Mais on a appris à les relever, et finalement, au cours d’une bonne dizaine d’années, on a pu acheminer, stocker et presser quelques 165 tonnes de graines et produire autour de 12.000 litres de cette huile magique, sans que jamais elle ne manque dans les rayons de notre point de vente, ...

...pour votre plaisir !

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