Un trésor : la pastèque africaine
Beref, c’est son nom au Sénégal. En Afrique centrale on l’appelle Egusi.
Ce n’est pas le fruit qui intéresse ceux qui cultivent la pastèque africaine : sa chair, blanche, est peu savoureuse, mais quand même..., quand on travaille en pleine chaleur dans les champs, quel rafraîchissement elle apporte !!!
Si on la cultive, c’est pour ses graines. Très riches en huile (elles en contiennent près de 35% !), elles sont utilisées, pilées, comme liant des sauces feuilles, d’une variété infinie selon les régions, qui accompagnent le riz ou le couscous. Ces plats traditionnels ne sont pas seulement succulents, ils sont très riches en protéines végétales et minéraux (notamment le fer).
Les graines, elles ne tombent pas du ciel !
Lorsque le fruit est arrivé à maturité, un bon mois après la fin de l’hivernage, il y a encore du travail à faire. Ce sont principalement les femmes qui s’en chargent : il faut l’ouvrir, en extraire les graines, les débarrasser de la pulpe, les étaler sur le sol pour les faire sécher, puis les tamiser pour éliminer le sable et les poussières qui s’y sont mêlés, et enfin les mettre en sac.
Au Fouta Toro, dans la vallée du fleuve Sénégal, les premiers monceaux de graines apparaissent sur les marchés à la mi-novembre. La saison de commercialisation est très courte (elle ne dure qu’un mois environ), il faut donc être vigilant et prêt à acheter ! Le mieux, c’est même d’établir le contact en amont avec les producteurs : si on leur paie un bon prix et qu’ils peuvent éviter d’avoir à transporter sur le marché, ils préfèrent !
Le long voyage vers l’huilerie
Ici, on ne pèse pas les graines, on les vend par unité de volume : le muudo, qui prend la forme d’un grand pot de concentré de tomates. La technique, simple, c’est de le remplir autant que cela est possible, jusqu’à ce que les graines forment au-dessus un petit dôme. Il en contient alors environ 4 kg.
Les collecteurs négocient le prix, vérifient l’état et la propreté des graines, le remplissage des sacs, organisent leur évacuation par charrettes jusqu’à la route goudronnée. Ils seront alors chargés sur un bus qui les déposera à 600 km de là, à Dakar, dans une gare routière où il faudra s’assurer d’être présent pour les récupérer car il n’y a pas d’endroit sécurisé pour les stocker.
Et ce n’est pas encore fini : l’huilerie se trouve à 250 km de là ! C’est le véhicule de liaison, à l’occasion de ses l’aller-retours mensuels, qui effectuera le transfert final.
Et au bout du chemin, l’huile
Les graines se conservent bien, on pourra les traiter tout au long de l’année, au fur et à mesure de la demande des clients.
La production de l’huile elle-même ne se fait pas en un clin d’oeil. On presse lentement, pour extraire le maximum d’huile, en surveillant en permanence le thermomètre car, si jamais elle chauffe, ses propriétés physiques et sa composition, qui la rendent unique, se trouveront altérées : on n’obtient en moyenne que 4 litres environ par heure...
Les tourteaux, résidus de graines compressés, sont de véritables concentrés de minéraux et de protéine et seront utilisés dans l’alimentation, par exemple, des poulets de chair. Tout à de la valeur !
Enfin ça y est, dans les étagères du point de vente trône une huile, d’une couleur jaune pâle, lumineuse.
Précieuse, car elle est le fruit de la mobilisation d’une immense chaine humaine, et de trésors de patience et de savoir-faire multiples.
Et... maintenant, elle vous attend !!!!