Découverte
L’image du baobab est pour moi indissociable de celle de Hamaduru. Avec lui j’ai parcouru toutes les pistes entre Sinthiou Amadou Mariam et Louggere Thiolli, en passant par Guirvass, son village, et il m’a appris les arbres du Sahel et les multiples usages qu’en font les peulhs.
Le baobab, il n’y en a pas beaucoup au Fouta, mais, dans les zones arides du dieri, il offre une ressource aussi précieuse qu’inattendue : de son écorce, très fibreuse, on fait de solides cordes pour puiser l’eau dans des puits dont parfois on n’arrive même pas à distinguer le fond. Et Hamaduru, à 95 ans, aveugle, continuait à tresser, l’oreille attentive à la vie autour de lui, gagnant ainsi de quoi faire ce thé qu’il avait tant de plaisir à partager et qui avait le pouvoir d’arrêter le temps.
Cet arbre gigantesque accompagne la vie de tous les jours. Ses feuilles, réduites en poudre (c’est le laalo en peulh) et mélangées à la farine de mil, rendent onctueux le couscous qui sans cela serait rêche à la gorge. Dans les petits hameaux isolés, c’est souvent, simplement mélangé à de l’eau et légèrement salé, le repas du soir : le lait, on le vend ; la viande, même si on est entouré de dizaines de têtes de bétail, on n’en mange que les jours de fête ou pour honorer un visiteur. Quant à la pulpe du fruit, on n’en fait pas, comme aujourd’hui en ville une boisson (le rafraichissement roi, c’était le lait caillé, le tufam), mais on l’utilise comme remède contre la toux ou la diarrhée : c’est en effet un puissant antispasmodique.
Une vingtaine d’années plus tard, je découvre dans le delta du Saloum de véritables forêts de baobab aux alentours de certains villages. Là, des groupements de femmes collectent les fruits et en extraient la pulpe. Elle est sèche, ce qui permet de la conserver facilement, mais elle s’accroche aux graines et s’y entrelacent une multitude de fibres. La récupérer n’est donc pas une mince affaire, mais c’est un trésor qui en vaut bien la peine... Une partie est vendue telle quelle ; dissoute dans de l’eau puis filtrée, on en fait de délicieuses boissons ou des crèmes glacées (aah... plaisir d’un cocktail de baobab et de bissap, ou corossol ou encore de gingembre !), ou encore cette savoureuse sauce au beurre d’arachide, le ngalakh, qui accompagne le couscous chez les sérères. Une autre partie est réduite en poudre, finement tamisée et ensachée avant d’être mise sur le marché ou exportée.
Et l’huile dans tout ça ?
Quand on a utilisé la pulpe du fruit... il reste les graines. On les jette...
On connaissait l’huile d’arachide, et, avant que cette culture soit introduite au Sénégal, celle du dattier du désert, utilisées l’une et l’autre pour la préparation des repas. Mais qui aurait imaginé que les graines de baobab en contenaient ?
Il faut dire qu’il n’y en a pas beaucoup : 7% au maximum, et encore, il faut avoir une presse puissante pour obtenir un tel taux d’extraction. Heureusement les graines ne sont pas très résistantes et, de forme arrondie, elles glissent facilement dans le conduit d’alimentation qui fait la jonction entre la trémie et la presse et les débits sont bons : 25 kg de graines à l’heure, à égalité avec le bissap, c’est notre meilleur score !
L’huile obtenue se clarifie rapidement et apparaît au bout de quelques jours, d’une couleur dorée, lumineuse, dans toute sa splendeur.
Les propriétés de cette huile sont à la hauteur de la réputation du baobab. Hydratante, apaisante, régénérescente, on en a toujours un flacon à portée de la main pour soigner les petites plaies, calmer les piqûres d’insectes, redonner souplesse aux peaux desséchées. Pour le dispensaire Saint Laurent, voisin de notre point de vente, qui l’utilise pour soigner les brûlures graves, elle remplace de façon efficace et économique les tulles gras.
Elle constitue enfin un support idéal pour la fabrication de macérats avec des plantes aromatiques comme la lavande, le romarin, le basilic ou la menthe qui l’enrichissent de propriétés antiseptiques, anti-inflammatoires ou décontractantes, et la parfument délicatement.